La Périchole Offenbach - Festival de Saint-Céré

Théâtre ,  Festival de Saint-Céré ,  Art lyrique ,  Musique classique ,  Culturelle à Saint-Céré
  • Opérette
    La Périchole est un opéra-bouffe de Jacques Offenbach, sur un livret de Ludovic Halévy et Henri Meilhac inspiré d'une comédie de Prosper Mérimée : Le Carrosse du Saint-Sacrement.
    Note d'intention d'Olivier Desbordes

    La Périchole est inspirée de la comédienne péruvienne Micaela Villegas, surnommée « la perra chola » (« chienne de métisse ») - en raison de la mésalliance de sa mère avec un chanteur des rues - qui devint la maîtresse du Vice-Roi du Pérou.

    Offenbach, accompagné de Meilhac et Halévy, n’a pas choisi le sujet par hasard.
    La situation de cette chanteuse des rues « capturée » par les puissants pour leur « bon plaisir » était idéale pour permettre aux auteurs de poursuivre leur satire du pouvoir. Dans cet entrelacs de petits marquis qui conspirent pour approcher le « palais », notre Périchole va résister pour garder son identité, ses valeurs et sa liberté d’artiste ! Elle finira par choisir de rester avec son amoureux Piquillo qui, lui, est un artiste libre !

    Opérette sur la servilité, opérette sur le pouvoir, opérette qui parle de liberté...
    C’est dans ce sens que nous avons demandé au scénographe et au costumier de travailler : confrontation de mondes contemporains qui ne se comprennent pas, insolence des pouvoirs qui perdent pied avec la réalité et vivent au rythme des infos en continu et des magazines people...! Le premier chœur de La Périchole dit :

    « Amusons-nous, on nous a payés pour ça ! » C’est en résumé le sort des artistes, d’amuser... de se moquer !
    Amusons-nous, moquons-nous, ce n’est pas encore la révolution dans une Amérique du Sud d’opérette, Piquillo n’est pas Che Guevara... Périchole n’est pas Eva Perón... Le Vice-Roi n’existe pas... Sûrement pas ! A voir ?

    Note d'intention de Benjamin Moreau

    Offenbach écrit sa Périchole à cheval sur le Second Empire et sur la Troisième République1 Le règne de Napoléon III, brutalement interrompu par la guerre avec la Prusse, s’était libéralisé dans les dernières années de l’Empire. Et c’est dans cette fin de règne qu’Offenbach déploya son talent.
    Si on s’y arrête un peu, l’histoire de cette Périchole n’a pas de quoi faire rire : l’amour y est empêché car il faut manger, et les mariages sont forcés. La fin du premier acte - la scène où la toile qui va entourer Piquillo et la Périchole, se tisse - est une orgie, presqu’un viol ! Et pourtant tout va tellement vite qu’on est embarqué et obligé de rire : c’est un vaudeville. Et c’est en même temps la queue de comète du romantisme qu’on voit passer dans cette œuvre : les espagnolades chères à Mérimée, Hugo et tant d’autres, la figure bohème de l’artiste, et aussi ce vieux prisonnier qui semble surgi d’un roman d’Alexandre Dumas ! Nous souhaiterions que cette flamboyance recherchée par le romantisme dans l’Espagne2, nous la retrouvions ici, comme un écho tardif, fantasque et tendre. Le Grotesque se re- trouve mêlé au Sublime, l’horrible s’abîme dans le bouffon, le lyrisme et le drame sont scellés. Mais à la différence qu’il faut rire, rire à tout prix car on nous a payés pour ça ! comme le dit d’entrée de jeu le chœur.
    Tout est là, mêlé, mais par un maître d’œuvre amusé, insolent danseur mondain et bon père de famille : Offenbach. Un spectateur placide qui se régale, et nous avec lui.
Pour ce faire, il n’y a pas besoin du folklore ni du bestiaire d’une Illyrie sud-américaine. La force est déjà là, dans les lignes d’un livret admirablement ciselé par Meilhac et Halévy, et dans la force musicale d’Offenbach. La campagne mexicaine de Napoléon III résonne avec ce Pérou fantastique. Même si tout cela est bien loin aujourd’hui, notre imaginaire teinte encore d’aventures ce continent-là.
    Et derrière cela, il y a un trio de vaudeville : La Périchole, Piquillo et le vice-roi. L’amour est là, il se réclame, se prend, se donne, semble s’acheter, mais il est surtout dans l’œuvre elle- même, dans l’attention amusée aux êtres, dans la tendresse des peintures de mœurs que croque cet opéra-bouffe.
    La Périchole est une œuvre double, cruelle par le trait et tendre par le sentiment... presque un mélodrame.
L’actrice - maîtresse du roi : la corde paraît usée, c’était la même que Mérimée utilisait déjà quelques années auparavant avec Louis XVIII pour son Carrosse du Saint-Sacrement. En lui reprenant le motif pour La Périchole, Offenbach ne fait que saisir un patronage : Mérimée est entre temps devenu un des proches de l’impératrice Eugénie.
    On a peu de mal à reconnaître Napoléon III sous les traits du vice-roi ; on a peu de mal aussi à en reconnaitre d’autres. La corporation des comédiennes a approvisionné, et continue d’approvisionner loyalement et indéfectiblement le désir des puissants : elle fait son devoir. Le troisième du trio, Piquillo, sera sauvé du suicide in extremis par deux compères, tout comme Papageno3 mais pas pour actionner un carillon magique : pour tomber encore plus bas en faisant l’homme de paille...
    Pas de merveilleux, seulement la crudité et la violence du pouvoir. Pas de pouvoir sans violence, pas de satire du pouvoir sans montrer la violence. Derrière le décorum du vaudeville, un balancement savamment cadencé : grave et léger, superficiel et profond... La Périchole n’est pas qu’une bouffonnerie mais une danse au-dessus d’un gouffre, et il ne faut pas cesser de rire pour ne pas tomber !
    L’autre aspect qu’il nous importe de souligner est celui de l’artiste et du pouvoir. La Péri- chole est un opéra-bouffe. Voilà l’autre porte d’entrée : les bouffons. La place de l’artiste auprès des puissants. Comme le vice-roi qui erre dans les rues de Lima, à la recherche masochiste d’une vérité (quelqu’un qui dira du mal de lui !), et qui finira par trouver son bonheur avec la Périchole... Les bouffons sont là pour rappeler aux rois qu’ils sont des hommes, par l’art de l’insolence. La Périchole est l’insolence, jamais dupe et faussement naïve.
    Et au passage, ici, même les rois, poussés par l’amour, deviennent bouffons...
Mais c’est avant tout le pouvoir et le peuple qui sont mis en scène par Offenbach. Et pour faire entendre ces deux mondes, nous marquerons deux espaces, la rue et le palais. Entre ces deux lieux, un simple rideau. Un simple rideau qui est là comme un mur. Peut-être léger, peut-être volatil, mais la frontière est marquée. Seuls la Périchole et Piquillo feront l’expérience de le franchir car ils sont faits de la même étoffe. Deux arlequins sachant assez se contorsionner pour avancer dans l’un et dans l’autre... Du théâtre dans le théâtre en somme ! Offenbach est, avec Labiche, un de ces faux superficiels, ou de ces «superficiels par profondeur ». Il ne fut pas un officiel mais un bon bourgeois, et on n’en fera pas un révolutionnaire. Il « dansa » ! lucide, tranchant, avec la délicatesse de ne pas s’attarder. C’est cette condition paradoxale de l’artiste, toujours sur une crête à flirter avec l’insolence, la beauté et l’amusement, tout en gardant l’œil ouvert, en coin, pour guetter la permission ou l’adoubement providentiel... Un art poétique du bon goût dans l’insolence !
    Notes :
1 : 1868 : 1ère version en deux actes ; 1874 : 2ième version en trois actes et quatre tableaux (Le Second Empire chute en 1870...) 2 : L’Espagne et le Romantisme français, Ernest Martinenche - Hachette, 1922.
3 : Mozart, La Flûte enchantée, acte II

    À propos des costumes

    Entretien avec Jean-Michel Angays, costumier réalisé par Jacky Vilacèque
    Quand Jean-Michel Angays part pour le Pérou, ce n’est pas avec des rêves d’Eldorado plein la tête. Le Pérou de La Périchole, le vieux compagnon de route d’Olivier Desbordes pour les costumes sait bien qu’il n’existe pas. Pas de réalisme colonial, pas de chapeaux melons indigènes version Hergé dans Le Temple du Soleil, pas de condor qui passe sur les Andes : il a assez fréquenté Offenbach pour savoir que ce Pérou-là est un morceau de Second Empire et que si on y grandit parce qu’on est espagnol, c’est que l’Impératrice, née de Montijo, avait un faible pour les cajoleries hispanisantes.
    Mais faire un simple décalque sud-américain de la France de Napoléon III serait trop simple encore : Olivier Desbordes et Benjamin Moreau, les deux metteurs en scène n’aiment rien tant que ces brusques embardées anachroniques rappelant que la foire aux vanités est de tous les âges. Alors, pour les 120 costumes de cette production, Jean-Michel Angays a laissé courir son imagination. Qu’il a féconde.
    Pour lui, le petit peuple qui écoute chanter sa Périchole sera coloré, une sorte de chœur ouvrier convoqué à une fête obligatoire par le patron. « Il y aura des bleus de travail, dit-il, un peu dans l’esprit d’une reconstruction des années 50-60. Disons, dans l’esprit d’un Fellini, d’un Mastroianni. Voilà c’est ça : un côté banlieue de Rome ».
    À l’inverse de ces arcs-en-ciel banlieusards, tout ce qui relève du pouvoir - vice-roi, courtisans, magistrats - sera strictement vêtu de noir. Enfin... Strictement n’est pas tout à fait le bon adverbe : les baskets y seront fluo et les perruques XVIIIème. « Pour moi, dit Jean-Michel Angays, c’est le ministère de la Culture aujourd’hui : on s’agite, les dames en tailleur Chanel, les messieurs en petits costumes noirs cintrés. Juste la petite note de fantaisie qui montre que, tout de même, on est dans la Culture... ».
    Alors, comme l’an dernier pour Cabaret, le costumier fétiche d’Olivier Desbordes court les fripes : c’est qu’il s’agit de donner -au chœur ouvrier en particulier- cette patine qui rend crédible les personnages et que de vieux vêtements - largement retouchés cela va sans dire - lui garantissent. Vêtements patinés, costumes noirs ? Holà ! N’y aurait-il pas un peu de mélancolie - d’ailleurs réelle dans La Périchole - sous l’aiguille de Jean-Michel Angays ? C’est mal le connaître : il y aura, parait-il, quelques apparitions péruviennes qui vaudront leur pesant de coca... Mais chut !

    À propos des décors

    Entretien avec Elsa Belenguier, scénographe réalisé par Jacky Vilacèque
    Scénographe. Définition (non littérale) : qui est chargé de donner chair, couleur, forme, aux idées du metteur en scène. En pratique : tout dépend du metteur en scène, des limites qu’il se fixe, de la latitude laissée à son/sa scénographe. À Montpellier pour cette Périchole, les choses ne pouvaient pas mieux tomber : vieux routier de la mise en scène d’opérette, d’opéra-bouffe, d’opéra tout court, grand connaisseur d’Offenbach, Olivier Desbordes n’avait rien contre un regard neuf.
    Il s’est donc adjoint les services d’un co-metteur en scène, Benjamin Moreau. Et d’une scénographe de 27 ans, Elsa Belenguier, qui revendique de ne pas « avoir d’univers théâtral particulier ». De ne pas avoir la religion de la vidéo, comme souvent sur les scènes actuelles, pas d’apriori générationnel. De pouvoir passer de Démons, la très noire pièce de Lars Noren, à la légèreté d’Offenbach. Car, de plus, dit-elle, elle « adore l’opéra ».
    Et voilà donc Elsa Belenguier confrontée à ce livret où le traditionnel loufoque offenbachien se moire de mélancolie. À cette histoire qui se joue sur trois lieux en trois actes : une place publique, une prison, un palais... Alors le trio a imaginé une scène coupée en deux. De- vant, la place où chacun passe, chacun vient, chacun va, comme auraient dit les librettistes Meilhac et Halévy. Petit peuple coloré, joyeux, remuant où on s’habille volontiers de rouge et où l’on grandira car on est espagnol, comme le veut l’air fameux...
    Et puis derrière un rideau, un espace en gradins où seules des taches de blanc-argent éclairent les dominantes noires : « c’est le lieu du pouvoir, de la représentation », dit Elsa Belenguier. Bien entendu, pas question de tirer cette Périchole vers la noirceur que ce décor suggère : loufoque est Offenbach, loufoque on sera.
    Ainsi Olivier Desbordes ne se privera pas de ces clins d’œil temporels dont il raffole : entre le Second Empire et le XXIème siècle, les vanités, les appétits de pouvoir, les ridicules sont les mêmes. Elsa Belenguier s’en est donc donné à cœur joie : quand un m’as-tu-vu un peu racaille arrive sur scène, c’est dans une Mercedes de carton pâte. « En 2D comme beaucoup d’éléments de la scénographie, détaille-t-elle. Je voulais qu’on voie que c’est du toc mais que ça soit beau quand même ».
    Alors en voiture pour cette Périchole. En carrosse, en Mercedes, qu’importe pourvu que l’inaltérable charme d’Offenbach soit au bout de la route.

    Distribution
    Mise en scène : Olivier Desbordes
    Mise en scène : Benjamin Moreau
    Direction musicale (en alternance) : Dominique Trottein
    Direction musicale (en alternance) : Gaspard Brecourt
    Costumes : Jean-Michel Angays
    Décors : Elsa Belenguier
    Piquillo (en alternance) : Pierre-Emmanuel Roubet
    Le Vice-Roi : Philippe Ermelier
    Don Andrès de Ribeira : Eric Vignau
    Don Miguel de Panatellas : Yassine Benameur
    Cousine : Sarah Lazerges
    Cousine : Dalila Khatir
    Cousine : Flore BOIXEL
    Tarapote : Antoine Baillet-Devalez
    Choeur et orchestre du Festival
    Production Scène Conventionnée pour le Théâtre et Théâtre Musical - Figeac / Saint-Céré
    Coproduction Folies Lyriques de Montpellier

    Informations/Repli
    Durée indicative : 2h30 avec entracte
    Au Théâtre de l’Usine à Saint-Céré, bar et restauration légère avant et après les spectacles.
Pendant tout le festival, les restaurateurs de Saint-Céré vous proposent des menus festival.
  • Tarifs
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