L'histoire de Beaulieu-sur-Dordogne prend un nouveau tournant sous la protection de la puissante abbaye de Cluny. Une nouvelle vie vient irriguer le monastère de Beaulieu et la décision est prise de le restaurer dans sa totalité.

Raymond de Turenne

Le retour glorieux de Raymond de Turenne de croisade apporte des fonds importants. D’après les chroniques de l’époque, Raymond de Turenne aurait accompli d’illustres exploits en Terre Sainte, sauvant des vaisseaux francs dans le port de Jaffa, repoussant une attaque imprévue, risquant tous les dangers pour nourrir ses soldats… Il fut l’un des premiers croisés à pénétrer dans Jérusalem délivrée.

Lorsqu’ il revient en 1103 dans sa vicomté de Turenne après 7 ans d’absence, il manifeste sa reconnaissance à Dieu par de nombreuses œuvres de bienveillance. Il fonde une léproserie au plus proche de son château, un hospice pour les pèlerins et contribue grandement à la reconstruction du monastère.

La construction de l’abbatiale

Une des plus belles églises abbatiales de France voit ainsi le jour à Beaulieu. Censée rappeler la conquête de Jérusalem, l’église est construite dans les mêmes proportions que le Temple de Salomon : 20m de large, 60m de long et 30m de haut.

De nombreux moulins pour l’huile de noix et la farine sont construits sur les affluents de la Dordogne. En 1147, le monastère connait son apogée.

La fin de la domination clunisienne

Lorsque l’abbé Dom Gaubert meurt en 1213, l’abbaye se dégage pour une raison inconnue de la tutelle clunisienne. Elle revient sous la protection de l’archevêque de Bourges, trop éloigné pour être véritablement efficace. Les heurts et conflits entre l’administration civile de Beaulieu et le pouvoir abbatial deviennent de plus en plus fréquents.

Une cohabitation difficile

La coexistence des pouvoirs civils et religieux connut de nombreux litiges. Puis la grande peste de 1350 frappa la région et le monastère. Seuls quelques moines survécurent au fléau.

Arrivèrent ensuite les guerres de Religion. La cohabitation des deux pouvoirs prit une tournure dramatique. La guerre civile entre les catholiques et les protestants ravagea la cité de Beaulieu. Le monastère fut pillé de ses richesses.

Enfin en 1575, on décida de construire une halle communale devant le portail sud de l’église, obturant ainsi le tympan. Ainsi caché par les Huguenots, le magnifique tympan fut à l’abri deux siècles plus tard des exactions révolutionnaires. Il ne revit le jour qu’à la fin du XVIIIè siècle.

La restauration mauriste

A la fin du XVIIè siècle, Théodose de la Tour d’Auvergne, frère du vicomte de Turenne, reprend possession de l’abbaye de Beaulieu et de grands travaux de restauration commencent. Grâce à lui, l’abbaye s’orna d’un chancel en noyer et de deux magnifiques retables dorés à la feuille d’or, l’un représentant la Glorification de Marie et l’autre consacré à saint Prime et saint Félicien.

La fin de l’abbaye

La vigueur mauriste ne passa pas au-delà du XVIIIè siècle. En effet, la Révolution supprima les Ordres Religieux. Dom Antoine Chevreux et quarante de ses moines moururent sur l’échafaud. L’abbaye de Beaulieu ferma et les bâtiments conventuels furent déclarés « bien nationaux ». Ils furent démolis et vendus comme pierres à bâtir.

L’église fut épargnée. Lorsque le culte catholique fut rétabli en 1801, l’abbatiale devint l’église paroissiale. Elle l’est encore aujourd’hui. Elle a été classée Monument Historique en 1843 par Prosper Mérimée.

L’abbatiale et ses trésors

L’intérieur est un vaste espace architectural d’un art roman très pur.  Les colonnes montent jusqu’à la voûte sans interruption sculptée du chapiteau.

A ne pas manquer

La statue de la Vierge en majesté, chef-d’œuvre de l’art moyen-âgeux. Ces statues sont typiques de l’art roman et répondent à un code théologique très précis.
Marie tient son fils sur son genou droit, assise sur le trône de la sagesse. Jésus a un visage adulte car il est hors du temps, à la fois Dieu et homme. Sa main droite exprime accueil et bénédiction. Marie tient en sa main un fruit symbolisant douceur et maternité.

Les retables ont été commandités par Théodose de Turenne ai XVIIè siècle lors de la restauration de l’abbatiale. L’un est en l’honneur de l’Assomption de Marie et l’autre en l’honneur des saints Prime et Félicien.