Dans les couloirs bondés du Louvre, à côté de la fameuse vitrine blindée, un simple cartel. Portrait de Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo. Mona Lisa. La Gioconda, peinte par le célébrissime Léonard de Vinci à partir de 1503. Il n’y en a pas tant, des peintures aussi connues, observées, étudiées et qui restent toujours aussi mystérieuses ! D’ailleurs, pourquoi sourit-elle en fait, la Joconde ? Eh bien en Vallée de la Dordogne, on a notre petite idée.

Mona Lisa - Basquiat

La Joconde revisitée, détournée, copiée

Dès sa création, la peinture de Léonard de Vinci est copiée. Probablement d’abord par ses élèves à Florence, comme Salai. Du musée du Prado à Madrid, jusqu’à Baltimore ou Oslo, on retrouve ces copies de la Joconde avec parfois les mêmes hésitations, les mêmes retouches que dans l’œuvre originale. À Zurich, la Joconde d’Isleworth est même attribuée au maître en personne !

Avec la notoriété, la Joconde est revisitée par les artistes, souvent avec humour. Elle devient un vrai marqueur de l’histoire des arts et de la culture pop. Elle serait la peinture la plus visitée et photographiée au monde. Les toiles pop de Warhol, le dessin presque rageur de Basquiat, le tableau de Matisse, Dali qui lui ajoute ses moustaches ou le street art de Banksy s’en inspirent et donne toujours plus de poids à la Joconde dans l’histoire des arts.

L’œuvre revisitée au fil de l’art ou plutôt au fil des arts devient tantôt choquante et militante, tantôt hilarante. Le tableau de Basquiat dénonce ainsi la marchandisation de l’art et la place de l’argent dans les arts en général. Basquiat milite à grands coups d’acrylique, un autre artiste provoque avec humour et dérision. Le travail de Dali qui place en effet son autoportrait et sa moustache sur le visage de la Gioconda est tout autant un hommage qu’une critique de l’art académique qu’il voulait bousculer.

Mona Lisa a sa version en Lego, elle apparaît dans les Simpsons, mais on la trouve aussi revisitée partout sur la toile, dans des GIFs pleins d’humour à son effigie. Ici un dessin, là un simple graffiti, là encore du street art plus élaboré ou même une version manga de la célèbre peinture. À l’école on la colorie, et en classe d’art on l’étudie, de son sourire au paysage en arrière-plan. Plus trivialement, elle orne jusqu’à des sacs à main, des pulls, des cartes postales, des mugs ou des biscuits... et le détournement de Basquiat prend tout son sens.

Elle inspire autant qu’elle intrigue. Et plus l’art se l’approprie, plus Mona Lisa entre dans la légende.

Cette légende que les artistes réinterprètent est au cœur de l’exposition Jocondes insolites que l’Association Orlando et le Château de Montal vous proposent pour l’été 2020.

Énigmatique Mona Lisa, la Joconde dévoilée ?

On est d’abord surpris par sa taille... eh oui ! On l’a tellement vue qu’on l’aurait crue plus grande. Elle ne fait pourtant que 77 x 53cm. Mais au-delà de sa taille, on a finalement bien peu de certitudes à son sujet. On ne sait pas véritablement qui était la Joconde, on ne sait pas combien de temps Léonard a mis pour la peindre ni en quelle année il l’a finie. Et on ne sait pas vraiment pourquoi et comment le tableau est entré dans les collections royales françaises...

Il n’est même pas sûr que l’ovale parfait de son visage soit réel. Vinci aurait-il complètement rêvé sa Joconde ? Était-ce au contraire un portrait commandé ? Et par qui ? Est-ce vraiment une femme ou l’artiste a-t-il caché derrière ces traits ceux d’un élève ou d’un amant ? Pourquoi retrouve-t-on si souvent le nombre d’Or dans le portrait ? Et d’où La Joconde tient-elle ce regard et ce sourire si énigmatiques ?

Depuis des siècles, les théories se bousculent autour de cette peinture sur bois. Historiens de l’Art, médecins et ingénieurs forgent tous de nouveaux avis. Pour les uns La Joconde est atteinte de paralysie faciale, de problèmes hépatiques ou thyroïdiens, voire de syphilis. Pour les autres, l’authentique Gioconda serait représentée sous la peinture visible, une autre couche révélée par l’ingénieur français Pascal Cotte après dix ans de recherches.

Les choix et la technique même du peintre sont en tout cas à l’origine du caractère énigmatique de Mona Lisa. Dans la composition de l’œuvre d’abord, Vinci est le premier peintre italien à cadrer un portrait si largement. Elle respire, la Joconde, malgré sa petite taille ! Ensuite, il y a cette impression que la peinture nous suit du regard. L’illusion tient surtout aux jeux d’ombres et de lumières, aux perspectives, au paysage en arrière-plan, à la profondeur de l’œuvre ou encore au fait qu’elle fixe notre oreille droite. Mais, surtout, elle sourit.

Elle sourit ? On la regarde dans les yeux et on jurerait que oui, mais quand on regarde sa bouche le doute s’installe, et cette « ombre d’un doute », c’est la magie des contours flous de Léonard. Son célèbre sfumato. Elle sourit donc. Parfois.

Histoire turbulente, la Joconde volée, déplacée, protégée

En traversant le temps, Mona Lisa a aussi vu du pays et du beau monde ! Elle quitte l’Italie et sa Toscane originelle en 1516 dans les bagages de l’artiste qui s’installe en France, au château du Clos Lucé, à Amboise. Après la mort du génie, François 1er installe le tableau au château de Fontainebleau.

Plus tard, Louis XIV déplace encore la Joconde en région parisienne pour finalement la transférer à Versailles à la fin du 17ème siècle. C’est au milieu du 19ème siècle que l’œuvre devient de plus en plus populaire à travers de nombreux peintres et écrivains qui voient en elle un figure mystérieuse de « femme fatale ».

Fin Août 1911, le retentissement du vol de la Joconde résonne dans le monde entier. Le directeur du Louvre doit démissionner face au scandale. On relève les empreintes digitales des 257 employés du musée, qui doivent montrer patte blanche. On soupçonne Apollinaire, on soupçonne Picasso, on fait le tri entre les vraies pistes et les revendications de ceux qui cherchent juste à attirer l’attention... On offre même une récompense de 50 mille francs !

Après plus de deux ans d’enquête, c’est un vitrier italien ayant travaillé pour le musée, Vincenzo Peruggia, qui s’avère coupable. Lui se défend en disant avoir agit par patriotisme, pour rapporter le tableau en Italie. Il semble surtout qu’il ait agit sur commande de trafiquants d’art. La Joconde ne retrouve le Louvre qu’en 1914, après avoir été exposée à Florence et à Rome.

Son séjour à Paris sera de courte durée car viennent ensuite les deux Guerres Mondiales et il s’agit alors de protéger l’œuvre et les autres trésors du Louvre. Bordeaux, Toulouse, Montauban ou Chambord lui serviront de refuge mais c’est en Quercy que la Joconde attendra la fin de la guerre, entre le château de Montal et quelques autres demeures lotoises.

Elle n’est pas la seule à prendre ses quartiers en vallée de la Dordogne, territoire non occupé. En fait, le musée a trouvé des refuges pour un nombre impressionnant d’œuvres inestimables. Les habitants savaient très bien ce qu’il se passait dans la vallée. Ils espéraient même avoir la chance d’apercevoir la Joconde mais ce ne fut pas le cas.

En revanche, les conservateurs s’installèrent dans le Lot aux côtés de ces trésors et prirent toutes les précautions pour les protéger. Ainsi à Montal, on trouvait sur la grille un panneau en français, en anglais mais aussi en allemand prévenant que des œuvres d’art se trouvaient là. De même, pour éviter tout bombardement accidentel, l’inscription « Musée du Louvre » était visible depuis le ciel dans le parc du château.

On redoutera qu’un malheur n’arrive aux œuvres d’art jusqu’à la libération. Par chance, les œuvres d’art retrouvèrent les couloirs du Louvre en 1946, intactes.

La ville de Saint-Céré a retrouvé et mis en ligne des images d’archives qui racontent cette histoire.

L'exil de Mona Lisa vers les terres non occupées du Quercy ...

L'exil de Mona Lisa vers les terres non occupées du Quercy ...

Publiée par ville de Saint-Céré sur Lundi 11 juin 2018

Été 2020 : Jocondes insolites en Quercy

Du 4 Juillet au 31 Août 2020, l’Association Orlando et le Château de Montal rendent hommage à l’œuvre à travers une exposition en forme de clin d’œil à l’Histoire et aux arts. Vous y admirerez les détournements et interprétations des artistes mobilisés pour l’occasion, mais aussi toutes sortes d’objets pop et documents « jocondologiques ». Une belle occasion de discuter de l’art et de ses histoires, petites et grandes.

Rendez-vous donc tous les après-midis d’été, du Mardi au Dimanche et de 15h à 19h à l’Espace Orlando, place de l’église à Saint-Jean-Lespinasse. L’entrée est gratuite !

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