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Le pont Valentré

la beauté du diable ?

Au détour d’une boucle du Lot, la silhouette unique du pont Valentré s’impose depuis le Moyen Âge comme l’emblème incontesté de la ville de Cahors.

Cahors et son pont

Le pont Valentré est situé en France, sur la commune de Cahors, dans le département du Lot, en région Occitanie. Classé au patrimoine mondial de l’Unesco au titre des chemins de Compostelle, il se targue d’être aujourd’hui le seul pont médiéval fortifié d’Europe encore intact, avec ses trois impressionnantes tours toujours fièrement dressées.

Un charme envoûtant, une impression d’éternelle jeunesse… C’est sûr, à Cahors, le fameux pont Valentré dissimule un secret. Sinon, comment expliquer qu’il s’affiche toujours aussi fringant, après 700 ans d’existence, et peu de grandes restaurations ?

Évidemment, une légende n’a pas manqué de venir alimenter le mystère, et le diable n’y serait pas totalement étranger… Mais n’ayez crainte, aucune histoire funeste ne se cache derrière ce mythe, bien au contraire ! C’est donc l’esprit tout à fait serein que vous allez pouvoir partir à la rencontre de ce pont singulier, qui n’en finit pas de se mirer dans le Lot…

Une image bien ancrée !

Si vous n’avez encore jamais visité l’ancienne capitale du Quercy, le pont Valentré ne vous dit peut-être rien. Du moins son nom, car sa silhouette particulière a déjà dû flatter votre regard, surtout si vous êtes amateur de bonne chère et de bon vin !

Eh oui, il ne faut pas oublier que le Lot est une terre de vignoble, et qu’autour de la cité cadurcienne, la robe sombre, et les saveurs aux notes épicées sont les signes de cuvées prometteuses, idéales pour accompagner omelettes aux truffes, ou fondants cabécous. Et puisqu’à vin de caractère, il convient souvent d’associer une image qui l’est tout autant, les vignerons de la région sont nombreux à avoir apposé la noble esquisse du pont Valentré sur les étiquettes de leurs meilleurs crus.

Le symbole est donc très fort, et ce n’est pas une fois à Cahors que vous risquez de trouver des voix qui vous diront le contraire !

Valentré, la fierté de la ville de Cahors

Tous les Cadurciens sont unanimes : rien n’est comparable à leur cher pont Valentré, ou Balandras en occitan ! Pourtant, au niveau de cette boucle du Lot, les ouvrages enjambant la rivière ne manquent pas. L’un d’eux arbore même la signature de Gustave Eiffel ! Mais non, décidément, Valentré accapare toutes les attentions…

Près de 140 mètres de long, 6 gracieuses arches en ogives, 3 imposantes tours carrées culminant à 40 mètres de haut, le tout en pierre de taille, flanqué d’avant-becs pointus pour «contenir» les colères du Lot…À la fois massif et élégant, le pont Valentré marie architecture civile et militaire avec infiniment de délicatesse, ce qui est plutôt insolite, mais très réussi, d’autant qu’il se déploie dans un cadre naturel admirable, au-dessus d’une rivière miroir qui lui renvoie toujours le plus exquis des reflets !

Du coup, pari gagné pour ses commanditaires, de riches marchands cadurciens du XIVème siècle, dont l’ambition était d’asseoir leur puissance, en édifiant un monument exceptionnel, plus ostentatoire qu’utile.

Mais la construction de ce fleuron ne fut pas une longue rivière tranquille, et il semble même qu’elle ait eu besoin d’un sacré coup de ma(l)in…

Un pont qui s'est fait diablement désirer !

Débutés en 1308, tandis que Cahors vit son âge d’or, terminés en 1378, en pleine débâcle de la guerre de Cent Ans, les travaux vont durer 70 ans. Une éternité !

Cette lenteur d’exécution a bien sûr jeté le discrédit sur les architectes en charge du projet. Le dernier d’entre eux aurait alors eu une idée… C’est là que la légende prend forme, celle qui a valu à l’ensorcelant pont Valentré l’inquiétant surnom de pont du diable, puisque notre malicieux architecte aurait choisi de s’adjoindre les services du démoniaque, en échange de son âme. Judicieuse idée de sa part, car le chantier fut bientôt achevé, mais il trouva finalement que le prix à payer était exagéré. Il s’arrangea donc pour ne jamais honorer son pacte, en faisant tourner son ténébreux acolyte en bourrique. Fort mécontent, ce dernier fit en sorte qu’on ne puisse jamais dire que ce pont de la roublardise était totalement terminé ! Et aujourd’hui encore, en haut de la tour du milieu, on peut l’apercevoir, s’efforçant d’arracher le maudit dernier moellon !

En tout cas, diable ou pas, le pont Valentré a toujours été suffisamment intimidant pour ne jamais être attaqué, ni détruit, et parvenir jusqu’à nous en parfait état. Mais bon, il faut aussi être honnête, et avouer qu’il a peut-être bénéficié d’un petit coup du destin…

Sauvé par l'eau

un comble au pays des puissants vins de Cahors !

À la fin du XIXème siècle, Valentré se dégrade. Parallèlement, Cahors doit établir un réseau de distribution d’eau. C’est tout naturellement que l’ouvrage est transformé en aqueduc, afin d’acheminer l’eau potable de la Fontaine des Chartreux vers le cœur de ville. Il devient utile, et retrouve un nouveau souffle.

Aujourd’hui, il mène la vie intense d’un monument emblématique. Après avoir subi l’offense de l’ère automobile, il bénit ceux qui en 1995 l’ont rendu piétonnier. Il savoure aussi l’honneur d’être sur le chemin de Compostelle, ce qui lui vaut la reconnaissance de l’Unesco, et ne boude pas son plaisir d’être photographié depuis les quais de Cahors, les hauteurs de la Croix Magné et du Mont Saint-Cyr, ou tout simplement depuis la rivière.

Et puis à la belle saison, ses journées sont rythmées par le bruit des manivelles, celles qui ouvrent et ferment les portes de l’écluse, dès que les bateaux habitables sans permis s’y pressent. Et c’est toujours un évènement, car ici, tout se fait à la force des bras ! Si le cœur vous en dit, n’hésitez pas à participer aux manœuvres, et vous pourrez alors profiter d’un autre point de vue unique sur ce pont qui a peut-être la beauté du diable, mais a eu la sagesse de rester authentique et aimable

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