L'histoire d'Argentat

L'histoire d'Argentat-sur-Dordogne. De l'époque Gallo-Romaine à nos jours en passant par l'age d'or des gabares. Découvrez la riche histoire d'Argentat, cette petite cité située à la sortie des gorges de la Dordogne.

Dès l’époque gauloise, l’oppidum du Puy-du-Tour, perché sur une hauteur voisine, contrôle le gué d’une voie antique reliant l’Armorique (nord-ouest de la France) à la Méditerranée. Ce site abritait un habitat groupé au second âge du fer (450 à 50 ans avant Jésus Christ), on y a retrouvé des amphores que vous verrez en visitant la Maison du Patrimoine.

Après la conquête romaine, la villa gallo-romaine du Longour (domaine agricole) s’établit dans la plaine.

A l’époque mérovingienne un atelier monétaire fonctionnait à Argentat pour faciliter les échanges commerciaux. Puis sous les Carolingiens, au Xe siècle, Argentat est le siège d’une vicairie et l’abbaye de Carennac y installe un prieuré clunisien (1075). Argentat devient « ville murée », dépendante d’un seigneur religieux, le prieur de Carennac, et d’un seigneur laïc, le vicomte de Turenne. Celui-ci n’accordera aucune franchise à la ville (contrairement à Beaulieu), mais lui concèdera en 1263 un marché important le jour de la Saint-André (le 30 novembre), dite la plus ancienne foire du Bas-Limousin.

Jusqu’à la guerre de Cent Ans, les maisons, souvent fortifiées, se construisent autour de l’église prieurale et du fort, le « fortalicum », dont deux portes commandaient l’accès. Place importante du protestantisme au XVIe siècle, Argentat possédait son temple et ses ministres.

Puis  les guerres de religion sévissent, et vers le milieu du XVIIe siècle, au moment de la contre-réforme, se construisent 3 couvents pour affirmer le pouvoir du catholicisme : le couvent des Récollets (actuelle école Jeanne d’Arc), le couvent des Clarisses (rue Ste Claire) et le couvent des Ursulines.

Après cette période agitée, Argentat connait deux siècles de prospérité, les bourgeois s’enrichissent et dotent leurs maisons de tours et poivrières. Le commerce des gabares prend son essor.

L’épopée des gabares

Bateaux à fond plat destinés au transport du bois, ils fournissaient merrains (planches de chêne destinées à la fabrication des tonneaux) et carassonnes (échalas de châtaignier pour les piquets de vigne) aux viticulteurs du bordelais.

Les gabariers partaient lorsque les eaux étaient marchandes, et une fois la cargaison vendue, le bateau était démonté et cédé à bas prix comme bois de chauffage. En effet, l’absence de chemin de halage en amont de Souillac et les nombreux malpas (passages dangereux) empêchaient la remonte des embarcations. 

Les gabares étaient construites par les pêcheurs et paysans, puis coulées en attendant la montée des eaux, au printemps et à l’automne. Il fallait suffisamment de courant pour transporter ces bateaux lourdement chargés, jusqu’à 20 tonnes de marchandises. Si le périlleux voyage aller durait une petite semaine,  il fallait bien 2 ou 3 semaines aux gabariers pour remonter à pied les 180 km entre Libourne et Argentat, avec tous les aléas rencontrés en chemin, et dans les auberges !

L’apogée du commerce des gabares, du XVIIIe à la fin du XIXe siècle, décline suite à l’arrivée du chemin de fer. Le dernier voyage d’une gabare marchande date de 1924. Au début du XXe siècle, elles transportaient, outre le bois un peu de cuir et de fromage, du charbon tiré des mines qui seront exploitées jusque dans les années 1930.

Aujourd’hui, cet ancien port marchand sur la Dordogne a toujours pour atout majeur la rivière. Un courpet, reconstruit à l’identique, est amarré sur les quais et rappelle cette riche histoire, que l’on découvre aussi lors des balades en gabare touristique, sur le barrage du Sablier en amont d’Argentat. Les maisons à bolets dont le 1er étage communique avec des jardins à l’arrière permettaient aux riverains de poursuivre leurs activités pendant les nombreuses crues. La Dordogne est maintenant régulée par cinq barrages hydroélectriques : Bort-les-Orgues, Marèges, l’Aigle, le Chastang et le Sablier. Les nombreux bacs qui permettaient de traverser la rivière ont été remplacés par un pont suspendu à péage en 1829, le « pont Marie », lui-même remplacé en 1892 par un ouvrage en pierres, le « pont de la République ».
 

La légende du Coulobre

De tous temps les hommes se sont inventés des croyances et des superstitions pour affronter leurs peurs. C’est ainsi qu’est née sur les rives de la Dordogne, par crainte des naufrages sur la tumultueuse rivière, la légende du Coulobre, le serpent en occitan.

Dragon ailé au corps de serpent et aux pattes griffues, il se nourrissait des malheureux gabariers après avoir coulé leur embarcation, ou des jeunes et imprudentes lavandières. Selon la légende le Coulobre aurait été vaincu par Saint Front près de Lalinde (24). Il existe également une légende de la Coulobre à Fontaine de Vaucluse…

Si le Coulobre ne hante plus la Dordogne, il revit chaque année le 1er week-end de juillet lors de la grande fête « Tous sur le Pont » à Argentat. On se déguise, on danse, on mange sur le pont et surtout, on défie le Coulobre à bord des radeaux customisés avec leurs équipages délirants ! Ambiance assurée