Depuis toute petite, il m’attendait là, posé au bout la colline, orange, majestueux.         
Mon phare à moi, petite fille, qui m’indiquait que j’étais presque arrivée en vacances, « chez papy et mamie ». Le château de Castenau-Bretenoux, « mon » château

Etrangement, je ne l’ai visité pour la 1ère fois que jeune adulte. Il a pourtant rempli mon imaginaire d’enfant. Car très tôt, ma famille, les amis de ma famille, m’ont raconté la légende de Castelnau…

Un mystérieux tunnel

Le baron de Castenau, vassal du vicomte de Turenne mais aussi riche et  puissant que lui, avait du mal à accepter de devoir lui rendre des comptes. Les deux clans passaient beaucoup de temps à se surveiller. Il se raconte même que par beau temps, on voit le château de Turenne depuis celui de Castelnau et vice versa. Pour ne pas être coincé en cas de siège, le baron de Castelnau aurait donc faire creuser un tunnel de son  château à la bourgade de Bretenoux, dans la plaine. Tunnel suffisamment haut et large pour que ses chevaliers puissent y chevaucher…

Je m’imaginais donc une armée entière de chevaliers en armures sur leurs fiers destriers, galoper dans un tunnel de pierres ocre comme le château. Quelles épopées je leur ai fait vivre, quelles déculottées je leur ai fait donner aux gens de Turenne qui, évidemment, n’avaient pas connaissance du tunnel !

Il faut dire que les Turenne, je ne les aimais pas non plus. Et leur château, tout gris, près duquel je passais pour venir en vacances, était franchement moche par rapport au mien, rutilant sous le soleil. Et je ressentais comme une injustice le fait que le vicomte de Turenne soit « le chef » du baron de Castelnau alors qu’il avait un château plus petit et pas le moins du monde impressionnant. Dans ma tête d’enfant, « c’est celui qui a le plus beau château qui est le chef ».

Fait ou légende ?

Chaque vacances scolaires, j’étais heureuse de retrouver mon château, fidèle au poste, prêt à vivre de nouvelles aventures sorties de mon imagination. Et je ne me lassais pas  de demander confirmation à ma famille de l’existence du tunnel, tout de même un peu intriguée qu’on ne sache pas où il se trouvait. Parce que j’aurais bien été le voir ce tunnel, « en vrai ».

Comme, grandissant, je me posais de plus en plus de questions concernant son emplacement, j’ai fini par admettre qu’il s’agissait d’une légende. A contre cœur. Parce que ça aurait eu tellement de classe un tunnel en pierres ocre, voûté, dans lequel chevauchaient des dizaines de chevaliers ! 

Puis, jeune adulte, j’ai fini par visiter mon château. Des fouilles précédant une restauration avaient lieu dans la tour ronde côté nord et il était proposé une visite du chantier avec les archéologues. Evidemment, j’ai sauté sur l’occasion.
Tout en montant dans la tour sur une échelle en bois, j’ai demandé si vraiment, ils n’avaient jamais trouvé trace du fameux tunnel. Les historiens en avaient entendu parler mais avaient rapidement classé l’information comme légende car aucun indice de  la présence d’un tunnel n’avait jamais été trouvé. 

Mon château avait perdu un tunnel mais gagné une légende ! Légende bien gardée puisque, malgré quelques recherches, je n’en ai pas trouvé de traces écrites.

Aujourd’hui, installée dans le petit village de mes grands-parents, je vois mon château à chaque fois que je descends en ville. Sa présence est comme une assurance d’éternité, un signe que tout va bien puisqu’il est toujours là, ocre et fier malgré ses mésaventures. Et j’aime toujours croire en  la légende du tunnel assez haut pour laisser passer un homme à cheval. Comme une part d’enfance qui ne me quitte pas.

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